










Le mariage chrétien face aux défis contemporains : vaut-il encore la peine de se marier aujourd’hui ?
Editorial
Notre époque contemporaine est témoin des mutations socio-culturelles et anthropologiques qui impactent plusieurs domaines de la vie des Humains. Tout bouge et ce qui est statique court le risque d’être relégué au musée de l’Histoire, pense-t-on. Le domaine du mariage traditionnellement compris comme l’union entre un homme et une femme ne semble pas épargné par ce vent de changement. En effet, on réalise, de plus en plus, diverses formes de mis ensemble qui interrogent la doctrine chrétienne du mariage et suscitent des réflexions. D’une part, le mariage à essai, la polygamie, la polyandrie, la réalité de l’homosexualité, le polyamour et d’autres formes de relations de couple sont aujourd’hui en vogue. D’autre part, le sens de l’engagement est, de nos jours, relativisé par beaucoup de jeunes gens. Il est courant d’entendre des jeunes dire qu’ils n’ont pas l’intention de se marier pour des raisons diverses. S’il est un fait que certains parlent ainsi parce qu’ils ont été déçus ou trahis, d’autres préfèrent cette option pour éviter les contraintes du mariage et ainsi préserver leur liberté.
Mais paradoxalement, libre n’est pas celui qui refuse de s’engager. Ainsi que l’écrit Christiane SINGER, « libre est sans doute celui qui ayant regardé en face la nature de l’amour -ses abimes, ses passages à vide et ses jubilations- sans illusions, se met en marche, décidé à en vivre coûte que coûte l’odyssée, à n’en refuser ni les naufrages ni le sacre, prêt à perdre plus qu’il ne croyait posséder et prêt à gagner pour finir ce qui n’est coté à aucune bourse : la promesse tenue, l’engagement honoré dans la traversée sans feintes d’une vie d’homme[1] ».
Tout ce qui précède indique l’intérêt d’une réflexion approfondie sur le mariage de façon générale, et en particulier sur le mariage chrétien. C’est cette tâche que se donne le 54ème numéro du Bulletin semestriel d’information du Grand Séminaire interdiocésain Saint Jean-Paul II de Lomé.
Au moment même où nous préparions ce dossier de publication, le Dicastère pour la doctrine de la foi publie un document sur le mariage intitulé : « Une seule chair. Éloge de la monogamie ». Signé le 21 novembre et présenté le mardi 25 novembre 2025, ce document explore la valeur du mariage « comme union exclusive et appartenance mutuelle ». Une telle publication vient légitimer notre choix de réfléchir sur la réalité du mariage chrétien dans notre contexte contemporain. Vaut-il encore la peine de se marier aujourd’hui ? Voilà la question substantielle à laquelle cette publication cherche à répondre après avoir passé en revue quelques formes de mise ensemble et éclairé la jeune génération sur le sens du mariage chrétien, ses joies et ses exigences.
Dans la Rubrique Dossier thématique qui vise à étudier le thème de cette parution, cinq articles sont proposés. Le premier articulera la réalité du mariage avec ses fondements divins à partir des sources bibliques. Le deuxième propose une évaluation du mariage chrétien afin de mesurer son idéal par rapport aux diverses perceptions du temps présent. Un troisième article passe en revue différentes formes de mariages et de pratiques qui en sont liés dans le but d’exposer leurs conséquences sur ceux et celles qui s’y engagent. Le quatrième article intègre la dimension d’information et de formation indispensable à la compréhension et à la pratique du mariage chrétien qui requiert nécessairement un accompagnement devant susciter l’imagination ainsi que l’innovation pastorales. Cette rubrique thématique se refermera avec le témoignage saisissant de quelques couples qui ont accepté partager leurs expériences afin de rassurer et d’édifier les jeunes qui portent en eux des inquiétudes légitimes.
La rubrique culture générale qui suit, présente également cinq articles de thèmes variés. Le premier dont l’intitulé est « Choisir son conjoint aujourd’hui : une aventure laborieuse » relève tout en les analysant les difficultés liées au choix du conjoint ou de la conjointe approprié(e) dans notre contexte contemporain. Le deuxième article fait une étude intéressante entre le mariage traditionnel et le mariage sacramentel qui ne s’opposent pas mais qui doivent se compléter dans le sens où le mariage est de droit naturel appelé à être élevé à la stature du sacrement[2]. Le troisième, tente de montrer les pièges de la cyber-relation. Cela semble important d’autant plus qu’aujourd’hui beaucoup de rencontres amoureuses se font à travers les réseaux sociaux qui peuvent nourrir le mirage d’un mariage idéal. Dans un espace de libre expression, le quatrième article répond aux différentes questions que les jeunes se posent aujourd’hui sur le mariage et celui chrétien en particulier. Enfin, le dernier article de ce dossier fait des recommandations utiles et montre la nécessité des examens médicaux prénuptiaux afin de mieux connaitre son partenaire pour mieux l’aimer et mieux s’engager avec lui.
Dans la rubrique « Autres articles » qui referme ce 54ème numéro, vous trouverez des informations sur la vie du Séminaire depuis le 01er octobre où se sont réouvertes ses portes. Un article vous présente de fond en comble l’Institut supérieur de théologie de Lomé (IST-L) qui est l’une des nouveautés marquantes de cette année académique 2025-2026. Le Père Gilbert LEBINE, du diocèse de Dapaong, ayant rejoint l’équipe des Formateurs du grand Séminaire cette année a accordé une interview à la rédaction du Gong. Vous y découvrirez son identité ainsi que les convictions et espérances qu’il partage au sujet de cette nouvelle mission qui lui a été confiée. Le mot de remerciement du Père Recteur, comme un épilogue, clôture les différentes interventions de cette nouvelle parution riche par son thème et dense par la qualité des développements qui y sont faits.
Vaut-il encore la peine de se marier aujourd’hui ? La lecture de ce 54ème numéro du Gong vous aidera à trouver une réponse sûre à cette question qui ne concerne pas que les jeunes. Elle se pose aussi aux parents qui portent tant le souci de l’avenir de leurs enfants et qui peuvent avec ce bulletin les accompagner adéquatement. Elle concerne également les Pasteurs et les acteurs de l’éducation à divers niveaux qui pourront mieux s’en informer pour mieux accompagner les jeunes dont ils ont la charge. Elle peut même être aussi utile aux enfants, jeunes de demain, qui pourront y trouver des informations utiles et nécessaires pour leur bon accroissement et les choix d’aujourd’hui qui détermineront leurs orientations de demain dans le domaine de la sexualité et du mariage. Tout cela revient à dire que tout le monde devrait s’intéresser à cette parution qui est comme une lampe qui éclaire la réalité du mariage dans ce contexte contemporain de doutes, de confusions et de peurs. Son objectif, en définitive, est de montrer que la joie de l’amour, l’audace de l’engagement et la confiance dans l’espérance sont au-delà de nos peurs et conduisent à la quête en chacun de sa vérité. C’est cela le mariage !
Père Innocent ATTOUNON, Pss Formateur au Grand Séminaire Saint Jean-Paul II de Lomé.
[1] Christiane SINGER, Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies, Albin Michel, Paris, 2000, p. 18.
[2] Code de droit canonique, Can 1055.
Éditorial : Le combat spirituel n’est pas une option
« Si vis pacem, para bellum » (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »). Cette maxime antique, loin d’être un appel aux armes terrestres, éclaire avec profondeur le cœur du thème de notre présente parution : « Le combat spirituel : les armes du Christ pour triompher ». La paix promise par le Christ n’est pas un repos inerte, mais une victoire remportée dans l’élan d’une lutte quotidienne. Saint Pierre nous y invite avec un ton dont la gravité interpelle : « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi » (1P 5, 8-9a). Il va sans dire donc que pour le chrétien, le combat spirituel n’est pas une option, c’est une nécessité vitale. Il est selon sainte Thérèse de Lisieux, « le pain quotidien de l’âme »[1].
Ce combat, chers lecteurs, se déploie sur deux fronts inséparables. En nous-mêmes d’abord, contre les passions qui obscurcissent notre liberté et les mauvais penchants évoqués par saint Paul (Cf. Rm 7, 23). Autour de nous ensuite, face aux forces du mal qui rongent le monde et face aux injustices perpétrées par les « structures de péché »[2] dénoncées par le saint pape Jean-Paul II. Ce numéro du Gong vous guide donc sur ce double champ de bataille intérieur et extérieur. Le Christ, cependant, ne nous laisse pas désarmés. Son Évangile est un chant de guerre et d’espérance ! Comme Jacob lutta jusqu’à l’aube pour obtenir la bénédiction (Genèse 32, 25), nous sommes invités à saisir les armes divines : la prière, cette élévation de l’âme vers Dieu selon Origène, les sacrements, boucliers contre les assauts du Malin, et la charité, épée qui tranche les chaînes de l’égoïsme.
Des récits bibliques revisités aux stratégies pratiques contre les emprises spirituelles, des solutions pratiques aux témoignages vibrants de résistance au Malin, chaque article est une pierre pour édifier votre forteresse intérieure. Alors, chers lecteurs, ne fuyons pas ce combat ! Joyeux soldats du Christ, avançons avec pleine assurance car, en vérité, « celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jn 4, 4).
Bonne lecture, et que ce numéro soit pour vous un gong retentissant, appelant à la vigilance et à l’espérance !
Abbé Michel AKAKPO, Rédacteur en chef.
[1] Thérèse de Lisieux, Manuscrits autobiographiques, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Œuvres complètes », 1992, p. 229.
[2] Cf. Jean-Paul II (Pape), Lettre Encyclique Sollicitudo rei socialis, Rome, 1987.
C’est une entreprise risquée qu’un organe de recherche et d’information comme Le Gong entreprenne de réfléchir sur le phénomène complexe et toujours obscur de la sorcellerie. Mais c’est un risque mesuré qui trouve tout son sens dans le souci d’éclairer nos contemporains sur ce phénomène tellement ancré dans l’imaginaire collectif de nos peuples africains que dans l’existence humaine concrète des hommes et femmes de notre temps. La peur de la sorcellerie nourrit les méfiances dans les relations interpersonnelles marquées par des soupçons, des accusations et la prise de distance vis-à-vis de l’autre. Plusieurs personnes témoignent avoir été victimes de la sorcellerie. D’autres sont témoins oculaires ou auriculaires de ses conséquences dans la vie de quelques parents ou amis. Ainsi, se développe de plus en plus la conscience de se protéger contre la sorcellerie et ses œuvres. Il est courant de voir des marabouts ou des tradipraticiens proposer l’usage de feuilles, de poudre et bien d’autres choses pour se "blinder" contre la sorcellerie. Dans le registre chrétien, en Eglise, nous observons un engouement pour des prières de protection, de libération et de délivrance. Les exorcistes de nos diocèses respectifs peuvent témoigner de l’affluence des personnes qu’ils accueillent au quotidien et qui disent être marquées par le phénomène de la sorcellerie.
Mais s’il nous arrive de recueillir l’opinion de nos contemporains sur ce que c’est que la sorcellerie, très peu de personnes seront à même d’en donner une définition claire. De fait, qu’est-ce que c’est que la sorcellerie ? Serait-elle une puissance existante en-soi ou doit-on la comprendre comme une métaphore de la réalité du mal – physique et moral – qui marque l’existence humaine et dont chaque homme ou chaque femme fait l’expérience ? C’est dans ce dernier langage que le discours rationnel, philosophique et théologique tente de nos jours, en Occident, de comprendre le phénomène du diable et de ce qui pourrait s’y apparenter ; un discours qui frise le déni de ce phénomène pourtant cru dans le contexte africain qui est le nôtre. De fait, le phénomène « diable » et aussi la sorcellerie comprise comme l’une de ses manifestations ne saurait s’éclaircir sous ce prisme métaphorique que proposent Alexandre Gannoczy[1] et Xavier Léon-Durfour[2] dans leurs analyses respectives de la question du Diable et des esprits maléfiques. En effet, pour une approche intelligible de ce que représente la sorcellerie dans notre contexte africain, il nous faut aborder cette question sous le prisme existentiel à travers l’expérience de faits pouvant être passés au crible de l’analyse, et formulés dans un langage qui ne soit pas que rationnel mais aussi spirituel. Une telle herméneutique existentielle et spirituelle engage tout à la fois dans le monde visible et invisible fait d’un certain nombre de pouvoirs spirituels que l’antiquité considérait comme participant au gouvernement de l’univers physique et du monde religieux (cf. Col 1,16).
C’est dans cette perspective que l’on peut entendre la définition que Jean Pliya donne de la sorcellerie dans son livre Des Ténèbres à la lumière : « la sorcellerie, c’est l’art ou la science de faire le mal, seul ou en groupes, par la manipulation des forces occultes de l’univers pour nuire aux autres[3] ». Une telle définition fait apercevoir le phénomène, dans notre contexte africain, comme une science dans le sens qu’il est sujet à une organisation[4] et en même temps comme quelque chose d’occulte. Aussi, la sorcellerie semble-t-elle échapper à toute analyse purement rationnelle. Cependant, l’on peut en faire la description à travers la vision qui s’en dégage dans nos cultures. Ainsi, deux articles de ce numéro sont consacrés à cette enquête culturelle et sociologique. Un autre, de la plume d’un bibliste, ncous renseignera sur ce que les Saintes Ecritures en disent. Celui-ci sera complété par l’article d’un autre prêtre qui nous livrera les fruits de ses recherches sur l’enseignement doctrinal de l’Eglise sur le phénomène de la sorcellerie. Le dernier article de la rubrique Dossier de ce 52ème numéro nous établira dans la confiance en nous enseignant les dispositions spirituelles mises en place par l’Eglise pour aider le chrétien à faire face à la sorcellerie. D’autres articles proposés dans la rubrique Culture générale nous feront découvrir la figure de l’exorciste dans l’Eglise, la pratique de l’exorcisme dans le milieu sémitique et la bonne compréhension de l’usage de la médaille dite de Saint Benoît. La troisième et dernière rubrique de ce numéro propose des articles variés : écho du séminaire saint Jean-Paul II, interview du nouveau Père formateur de cette année, hommage à Nos Seigneurs Nicodème Barrigah-Benissan et Ambroise Djoliba.
Tous les articles relatifs à la sorcellerie dont nous avons choisi de sonder le mystère dans ce numéro visent non seulement à nous informer mais aussi à affermir notre foi et notre espérance en Jésus-Christ notre Seigneur, Lui qui a vaincu le mal, la maladie et la mort. Je souhaite ainsi à tous les lecteurs et lectrices de ce nouveau numéro du Gong de lire ces articles dans cette optique et de s’établir dans la confiance que ni la sorcellerie, ni la maladie, ni le mal ambiant ne peuvent nous ébranler parce qu’ « Il est avec nous le Seigneur de l’univers, citadelle pour nous le Dieu de Jacob ! » (Ps 45,8)
Père Innocent ATTOUNON, Pss.
[1] Alexandre GANNOCZY, « La métaphore diabolique » in Recherches de science religieuse, tome 89/4, Paris 2001, pp. 511- 525.
[2] Xavier LEON-DUFOUR, « Que Diable » in Etudes, tome 396, n°3 (3963), mars 2002, pp. 349-363.
[3] Jean PLIYA, Des ténèbres à la lumière, Saint Paul, Paris, 2002, p. 62.
[4] Pour comprendre la manière dont le monde de la sorcellerie est organisé l’on peut lire Gilbert DAGNON, Libérer de la divination, de la sorcellerie, Cotonou, 1999.
L’importance de l'histoire et de la continuité des générations est un thème qui traverse toutes les cultures. C’est elle qui sous-tend l’éducation et la culture à travers lesquelles s’opère la transmission des valeurs de générations en générations. Cette continuité des générations est souvent représentée par ce qu’on appelle « l’arbre généalogique » qui n'est pas simplement une liste de noms et de dates, mais un miroir de notre identité, une mémoire qui nous rappelle d'où nous venons et qui nous sommes appelés à devenir.
La Bible contient beaucoup de généalogies. Même si, à première vue, ces généalogies peuvent sembler sans intérêt, elles occupent une place importante dans les Écritures pour trois raisons : d’abord, les généalogies renforcent l'historicité des Écritures ; ensuite, elles sont une confirmation de l'accomplissement par Jésus-Christ des prophéties de l'Ancien Testament ; et enfin, elles révèlent la nature de Dieu et son intérêt pour des personnes réelles, avec leur histoire et leur avenir réels, ce qui montre que Dieu se soucie de chaque personne et de ses détails.
L’existence de relation entre les générations est un fait indéniable dans la mesure où les générations présentes descendent des générations précédentes. Mais comment comprendre cette relation ? Est-ce en termes de déterminisme, d’héritage spirituel ou d’influence génétique et psychologique ? Les enfants ont-ils une marge de manœuvre dans la gestion du patrimoine génétique, moral, psychologique, spirituel et socio-culturel qui leur est transmis ? Quelle est la responsabilité des générations présentes et futures dans le devenir de nos sociétés ? Enfin, sur le plan spirituel, peut-on prier pour la guérison de l’arbre généalogique ?
Ce 50e numéro du bulletin Le Gong cherche à répondre à ces questions. Pour ce faire, l’actuel numéro de notre bulletin aborde la problématique de l’arbre généalogique à partir des Saintes Écritures, de la Théologie Morale, des Sciences humaines, et de l’anthropologie culturelle africaine. Vous y trouverez également des articles sur l’histoire du Grand Séminaire dans le cadre de ses 40 ans d’existence, et sur la vie actuelle de notre maison de formation.
En vous remerciant d’avance pour l’accueil que vous réserverez à ce numéro, nous vous en souhaitons une bonne lecture.
Père Placide TEFE,
Formateur
Oracle de Balaam, fils de Béor, oracle de l’homme au regard pénétrant, oracle de celui qui entend les paroles de Dieu… Que tes tentes sont belles Jacob et tes demeures Israël ! (…) Béni soit celui qui te bénira, maudit soit celui te maudira ! (Nb 24,3-4.5.9). C’était pour la troisième fois que le devin de Petor, Balaam, tentait de maudire Israël à la demande de Balaq, fils de Çippor, roi de Moab. Vaine tentative comme les deux précédentes ; car le Seigneur avait déjà averti Balaam : Tu ne maudiras pas ce peuple, car il est béni (Nb 22,13).
Mais pourquoi Balaq ne demande-t-il pas directement une bénédiction pour lui-même et s’acharne, harcèle même Balaam à maudire Israël ? Pourquoi est-on souvent si préoccupé à faire échouer (tous) les autres avant de réussir ?
En outre, si un devin avait pu, dans l’Ancienne Alliance, prononcer la bénédiction divine telle que le firent les patriarches d’Israël, de quoi peut-il être question pour le chrétien africain, quand on parle de bénédiction ou de malédiction ? Qui peut bénir ?, pourquoi bénit-on ?, comment bénit-on ?, où bénir ?, avec quoi bénit-on (la parole ou l’acte?), peut-on mériter une bénédiction au prix de sa sueur et au bout d’une lutte comme ce fut le cas de Jacob (Gn 32, 23-30) ?
Au regard donc des diverses recherches de bénédictions et des recours tous azimuts aux malédictions (des « tu es béni » ou « maudit sois-tu » devenus pratiquement des slogans), au regard aussi de tous les souhaits et vœux de bénédictions lors des célébrations des anniversaires et autres fêtes, ou encore lorsqu’assailli par d’insupportables malheurs l’on vient à dire l’insouhaitable comme Job : « maudit soit le jour où je suis né », le présent thème nous parait être éminemment d’actualité.
Le 49ème numéro de la revue Le Gong répond à travers ses articles à ces pertinentes questions. Les contributeurs, sans aucune prétention d’épuiser ce vaste thème, partent de la Bible, de la liturgie, des témoignages de l’anthropologie traditionnelle africaine, notamment celle togolaise. Leurs recherches les ont conduits à répondre à quelques questions sœurs de la réalité des bénédictions et malédictions à savoir : les envoutements, la question de la chance, les signes zodiaques, les heures dites miroir …
Ce numéro se penche également sur les 40 ans d’existence du Grand Séminaire Jean Paul devenu Grand Séminaire Interdiocésain saint Paul II de Lomé. Nous irons donc à la découverte de l'histoire de ses débuts et les richesses spirituelle et artistique de son oratoire.
Quarante ans ! C’est au bout d’un tel nombre d’années de marche au désert que le Seigneur a béni à nouveau les fils d’Israël malgré les souhaits de malédiction de Balaq. Qu’Il bénisse davantage notre maison de formation ainsi que tous ceux qui, de près ou de loin, portent le Grand Séminaire Saint Jean-Paul II de Lomé dans leur cœur.
Heureux jubilé d’émeraude ! Bonne fête et bonne lecture !
Abbé François KPANDE-ADZARE, Théo III,
Rédacteur en chef
Les interdits sexuels que l’on retrouve dans toutes les cultures, constituent, comme tous les autres interdits, des normes établies, des garde-fous institués par les peuples en vue de favoriser l’épanouissement de chaque personne et l’harmonie de tout le groupe social. Mais il arrive qu’ils soient perçus comme un frein à l’exercice de la liberté et du droit légitime de l’individu à faire ce qu’il juge bon pour lui. Si cette tendance a toujours existé, elle semble encore plus accentuée de nos jours où règne un véritable relativisme moral. Cela se traduit par des contre-témoignages de toutes sortes aussi bien dans les familles que dans les différentes composantes de la société, ce qui occasionne des perturbations profondes dans les relations interpersonnelles. Le mal est d’autant plus profond que les désordres sexuels semblent non seulement tacitement acceptés mais surtout formellement institués en normes par les instances et institutions juridico-politiques qui devaient les faire respecter.
Dans ce contexte, faudra-t-il considérer que les interdits sexuels sont caducs et qu’ils n’ont plus droit de cité dans nos sociétés ? En d’autres termes, peut-on encore parler d’interdits sexuels aujourd’hui ?
Ce 48e numéro du bulletin Le Gong cherche à répondre à ces questions ; il affirme sans ambages : Les interdits sexuels sont encore d’actualité aujourd’hui ; ils ont toute leur place dans l’agir des personnes et le devenir de nos sociétés où ils jouent un rôle irremplaçable. En face du relativisme moral ambiant, il convient de faire redécouvrir à tous, et surtout aux jeunes, non seulement le bien-fondé de ces interdits mais aussi leur importance dans la structuration de la liberté individuelle et dans la construction de la paix sociale.
Pour ce faire, l’actuel numéro de notre bulletin aborde ces interdits à partir des Saintes Écritures, de la Théologie Morale, du Droit Canonique, et de l’anthropologie culturelle africaine.
En vous remerciant d’avance pour l’accueil que vous réserverez à ce numéro, nous vous en souhaitons une bonne lecture.
Le Chargé du Gong